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Les Étiquettes Humoristiques de Gérard Descrambe

Décembre 2012

Par le hasard d’un échange sur Facebook avec des amis communs, j’ai eu l’occasion de contacter Gérard Descrambe, viticulteur bio à St Emilion, un coin dont je me souviens lorsque je faisais mes classes militaires à Libourne fin 1978 ; le Professeur Choron qui avait sympathisé avec le personnage, faisait la promotion de ses productions dans Hara Kiri.

Gérard Descrambe est une figure emblématique de l'agriculture biologique. Des grands noms de la B.D. issus de la famille Hara Kiri lui ont dessiné des étiquettes savoureuses, qui peuvent être à la demande apposées sur ses bouteilles du Saint-Emilion Château Barrail des Graves (et du bordeaux Château Renaissance).

Fort gentiment, Gérard Descrambe m’a fait un envoi de près d’une cinquantaine de ces fameuses étiquettes, belles images que je vais donc vous faire connaitre.

Gérard Descrambe nous raconte la Genèse...


Gérard Descrambes-Château Barrail des... par contreetiquette

«Au début des années 70, de vaillantes études en Communication me permettaient une carrière citadine, peut-être paisible et confortable. Las, le père succombait à un ennui cardiaque et me rappelait à lui, dans une grande crise du Bordeaux, plus ou moins orchestrée par nos amis américains. 
Me voilà donc en compagnie de mon frère jumeau (initié, lui, aux techniques viti-vinicoles, mais non préparé aux affres du commerce), propulsé à l'avant d'un vignoble conduit en agrobiologie (depuis 1954) et d'un stock de vin de ce terroir, dont il fallait impérativement inventer un mode de vente.»

«Fort de mon cursus Communication, je prends ma plus belle plume et écris au plus grand groupe de presse de cette glorieuse époque s'intéressant à l'écologie, c'est-à-dire Charlie-Hebdo / Hara-Kiri (qui venait d'accoucher de "La Gueule Ouverte"). 
Deux jeunes couillons allaient s'appliquer à succéder au père dans des conditions Don Quichottesques (le vignoble est à refaire, l'écologie, tout le monde s'en fout et le bordel est général). 
Je conclus donc cette vénérable missive au Président Directeur Général de la docte entreprise, alias le Professeur Choron par : "Si tu me fais une commande, je l'encadre et la cloue dans mes chiottes". 
Ce document essentiel y traîne toujours et je peux l'admirer quotidiennement.»

«Dans la foulée, je me véhicule rue des Trois Portes, m'installe confortablement et Jean-Marc Reiser me propose de me dessiner une étiquette (1973); un ange passe.
Puis Wolinski est jaloux, puis Gébé, puis Cavanna...

Voilà la genèse succincte et intégrale d'une belle histoire d'amour.»

Gérard Descrambe.


Les caricatures de Descrambe par contreetiquette

Gérard Descrambe l’iconoclaste (Saint-Emilion, bordeaux rouge et claret)

19/10/2012

By Stéphane Pugnat

Il avait dit à son père qu’il ne ferait jamais ce métier de con, et pourtant, après avoir travaillé sur Paris dans la « com », Gérard rejoint son frère Christian au début des années 70, et devient vigneron.

La première particularité à souligner, c’est le bio, ou plutôt l’antériorité dans le bio (1954). Les terrains n’ont jamais connu l’agro-chimie, et le papa est l’un des fondateurs de l’association Nature et Progrès.

Seconde chose remarquable, les étiquettes. Mouton Rothschild a ses grands peintres, Gérard aura ses caricaturistes. Produire du vin bio à cette époque, n’intéressait pas grand monde, en dehors de la bande d’Hara-Kiri devenu Charlie Hebdo. Gérard écrit donc une belle lettre au Professeur Choron, en lui promettant d’afficher dans ses chiottes son bon de commande s’il lui achetait du vin. Le professeur a répondu qu’il voulait les bouteilles les plus onéreuses, et le bon de commande trône dans les chiottes, Gérard est un homme de parole. Suite à ce premier échange commercial, Reiser lui dessine une étiquette pour le millésime 72, Wolinski, Cavanna, Gébé, et tous les autres vont suivre, jusqu’à maintenant.

Ces étiquettes, ces vins et celui qui les fait, forment un ensemble assez homogène. Quand on lit les unes, que l’on boit les autres, et que l’on rencontre le dernier, on trouve assez aisément la cohérence, et le sens du travail et de l’éthique proposés. Ces vins sont plutôt racés, vivifiants, avec en général une acidité bien marquée, et une véritable personnalité joyeuse, ébouriffante et rabelaisienne.

Il est difficile de trouver le  Saint-Emilion Chateau Barrail des Graves, puisque les parcelles ont été  vendues vers la fin des années 2000. Par contre, Gérard produit toujours le Chateau Renaissance en Bordeaux rouge et Claret à base de Merlot et Cabernet Franc, sur les 7,5 hectares qui lui reste, sous le nom de Chateau Renaissance, assez bien distribué dans les magasins bio, entre 6 et 7 euros.

Stéphane Pugnat

 Les étiquettes de vin de la collection Gérard Descrambe

Je vais présenter les étiquettes en prenant comme trame l’article écrit par GONDOT (l’un des dessinateurs d’étiquettes) paru sur la revue Papiers Nickelés n° 7 du 4ème trimestre 2005.

            « Quand Gérard Descrambe fit son entrée dans les locaux de Hara Kiri, l’irrévérencieux journal de Cavanna et ses copains, il s’était fait précéder d’une lettre adressée au Professeur Choron, où il expliquait que lui et son frère se consacraient à la viticulture biologique, respectant le cahier des charges pour le label bio, et précisant : « Si tu me fais une commande, je l’encadre dans mes chiottes »… Du vin bio dans une rédaction à l’avant-garde de l’écologie ! Commande de soixante bouteilles fut passée, sur papier à en-tête au logo dessiné par Cavanna, et celle-ci est toujours accrochée en bonne place dans les chiottes du vigneron.

            Reiser, buvant un Saint-Emilion avec Descrambe lui proposa gentiment : « Je peux te faire une étiquette, si tu veux ? » Reiser demandant à Descrambe s’il voulait une étiquette ! Devinez la réponse. Une montée directe au paradis ! C’est ainsi que commença en 1973 une collection majeure d’étiquettes sur les produits Descrambe par le petit bonhomme à quatre pattes qui fut justement apprécié. Sauf par un client bon chic bon genre déclarant : « On dirait un curé, et dans cette position, ça n’est pas très moral ». Ce client avait de somptueux bureaux dans l’Ile Saint-Louis et produisait des films X.

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Wolinski, peut-être un peu jaloux de son copain Reiser, fit la deuxième étiquette en 1974. De la grappe du plaisir ! Tout Wolinski !

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Puis Gébé, avec un graphisme magnifique comme toujours, assura la troisième et renforça du même coup les habitudes que commençait à prendre le vigneron au paradis.

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Vint le tour de Cavanna en 1976. Dessin paillard et gaulois à souhait. Rappelons que Cavanna fut dessinateur humoristique (comme on disait à l’époque) et qu’il signait Sépia, avant d’être le journaliste et l’écrivain que l’on sait. Il n’hésita pas à faire une deuxième étiquette en 1988 pour la naissance et le baptême républicain d’Olivier Descrambe dont il est le parrain.

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Pichon, le maigrichon barbu survint la même année avec sa buveuse acrobate qui prend son pied au Barrail des Graves.

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1977 fut l’année de votre serviteur. Timide et craintif, je proposai mon dessin que Descrambe accepta d’emblée. Après les noms précités, la montée au paradis fut pour moi.

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A partir de cette période, les souvenirs chronologiques de notre viticulteur sont flous. Le seul à savoir l’ordre des dessins était Charlie Schlingo. Celui-ci nous ayant quitté il y a peu, voilà notre Descrambe en panne de mémoire ! Gille Nicoulaud fut probablement le suivant, qui fit une seconde étiquette quelques millésimes plus tard.

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Puis vinrent, en des dates incertaines, les étiquettes de Willem, à l’imagination débordante et… pénétrante ! Du vrai Willem !

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Carali dut s’y reprendre à deux fois, ayant fait les mêmes fautes d’orthographe que moi

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Siné qui, à l’occasion, reprit goût à ses chats.

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Charlie Schlingo, égal à lui-même, avec un dessin qui en dit long.

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Hugot, dont le graphisme généreux invite goulûment à boire.

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Le drolatique Lerouge, au nom prédestiné.

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Le régional bordelais Michel Itturia, parrain du dessin dans le Sud-Ouest.

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L’inégalable Vuillemin. Un saint ! Un ange ! Ses dessins de presse en sont la riante démonstration.

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Le prolifique Tignous qui de son trait souple et dégoulinant nous mène toujours au rire.

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Le caustique Charb qui ne sera probablement jamais invité au bal de la police.

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Le spirituel Lécroart dont les dessins, à l’instar de son étiquette, font mouche à tout coup.

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Le foisonnant Lefred-Thouron, capable d’une idée à la minute.

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Ivars, aux personnages libidineux et inquiets, dans un bain de jouvence.

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Le dernier en date est Frank Margerin qui a su immortaliser le rock dessiné en le classant monument historique.

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Il existe aussi quelques étiquettes hors-série concernant le bordeaux Château Renaissance, telle celle consacrée aux célèbres « Brèves de comptoir » de Jean-Marie Gourio, par Nicoulaud.

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La cuvée « Ras l’front », où l’on voit Le Pen en mauvaise posture, par Tignous.

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Une cuvée Psikopat destinée à arroser les fêtes de la revue humoristique de Carali, par lui-même.

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« Le gros n’avion », pièce de théâtre de Michelle Bernier, Isabelle de Botton et Mimie Mathy, dont le graphisme est l’œuvre de Nicoulaud.

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Une cuvée du patron par Gondot.

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Une étiquette Renaissance à réveiller un mort, du grand et regretté Gébé qui fit aussi celle baptisée « L’An 01 » illustrant son livre dont Jacques Doillon tira un film.

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Citons aussi la cuvée des Cailloux en 1999, étiquette traditionnelle du même Gébé.

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Un Port de Branne dont nous devons la facture à Pichon.

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Sans oublier une récente étiquette consacrée au Professeur Choron, nommée « cuvée de mes deux… cépages », cuvée du palindrome (2002) illustrant une de ses chansons à boire.

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Enfin Jean Teulé devrait décorer le millésime 2003 dans quelques temps.

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Espéré également (pour revenir à la série collection) un dessin de Fred, prochainement et impatiemment attendu.

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Le remarquable avec cette abondance de dessinateurs est qu’aucun d’entre eux ne tarda à livrer son dessin. Spontanément ou sur un simple clin d’œil, le « oui d’accord » était immédiatement suivi de sa réalisation ! Eux qui se font prier quand il s’agit d’une commande amicale, non professionnelle : « Oui, oui, je te fais ça pour la semaine prochaine, promis ». Et ainsi de suite pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Car le bonhomme Descrambe est d’un abord plaisant. Cordial. Direct. Généreux. Pratiquant l’humour. Son franc-parler baragouiné en rigolant entre ses moustaches n’est pas toujours compréhensible. Surtout par moi, qui pour respecter mon âge, ai entrepris de me faire un peu sourd. Et puis, chez les dessinateurs, la « culture » du vin ne marcha pas mal, surtout lorsqu’il s’agit de bio.

Précisons que les dessinateurs ne se sont fait jamais payer, ce qui n’est pas une bonne affaire pour notre viticulteur qui donne tous les ans à chacun un carton de six bouteilles. Depuis trente années, faites le calcul. Et ce n’est pas fini, même si certains ont bu leur dernier verre. On pense à Reiser, Gébé, Nicoulaud, Schlingo, Choron… et on a un petit pincement au cœur.

Descrambe a bien mérité du paradis des auteurs dessinateurs… Maintenant qu’il connait le chemin !

                                                                                             Gondot  (texte écrit en 2003)

Je vais donc poursuivre la présentation des étiquettes qui m’ont été généreusement offertes par Gérard Descrambe, parues ultérieurement à cet écrit, sans en connaitre la chronologie réelle, mais est-ce important ?

            Medi Holtrop (épouse deWillem)

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            Wolinski

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            Pichon

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            Iturria

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            Willem

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Cavanna

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Tignous

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Lasserpe

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Nicoby

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Pichon

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Tignous

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Lindingre

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Et enfin, je présente la cuvée Charlie Schlingo, dessinée par Florence Cestac.

Le prix Charlie Schlingo est un prix alternatif au festival BD d’Angoulême. Il couronne, autour d’un verre de vin, l’auteur à l’esprit le plus proche du regretté Charlie Schlingo, mort en 2005. La récompense : deux caisses de St Émilion 2005, cuvée Charlie Schlingo. Histoire de rester dans l’esprit de cet auteur méconnu, dessinateur, poète, chanteur, à l’origine, entre autres, de l’hebdomadaire Grodada créé avec le Professeur Choron.

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Je terminerai par une fausse étiquette de ma modeste fabrication pour faire honneur à Gérard Descrambe qui m’a spontanément « alimenté » en étiquettes (et en bon vin) et  faire un peu de promotion pour sa production bio.

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Voici un bon de commande paru sur le journal Professeur Choron n°4 en 1988

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Octobre 2013: nouvelle étiquette par Sine


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Août 2014: nouvelle cuvée avec TOPOR


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Janvier 2016 par Yan Lindingre

A l’initiative de Yan Lindingre, rédacteur en chef de Fluide Glacial et dessinateur de presse, le  premier « Prix Couilles au Cul » a été créé et remis à Angoulême le 30 janvier 2016 ; il est amené à récompenser le « courage artistique d’un dessinateur » et plus particulièrement d’une femme auteur pour sa première édition.

Une nouvelle étiquette dessinée par Lindingre, a donc été produite pour l’occasion.

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Pichon

Juillet 2016, Gérard Descrambe m’envoie cette étiquette sur laquelle PICHON l’a représenté en bien belle posture.

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William VANCE

Décembre 2016, Gérard Descrambe m’offre 3 exemplaires numérotés de  cette étiquette éditée à l’occasion du 13ème festival international du film fantastique de Bruxelles en mars 1995, à partir de l’affiche de William Vance

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Et j’ai de plus la surprise d’un cadeau inestimable, un dessin original de Wolinski sur papier de soie

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Date de création : 27/12/2012 17:47
Dernière modification : 31/08/2014 21:46
Catégorie : Les Journaux - 1 - Hara-Kiri
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